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Blog de Mohamed  Sifaoui

Blog de Mohamed Sifaoui

- Des opinions qui refusent la compromission -


Sarkozy refuse de s'intéresser au cas d'une française détenue arbitrairement au Cameroun.

Publié par mohamed sifaoui sur 25 Septembre 2011, 12:47pm

Catégories : #mohamed-sifaoui

Biya-1-.jpgLe président camerounais Paul Biya s’apprête à briguer, le 9 octobre 2011, un sixième mandat. Âgé de 78 ans, ce « grand ami de la France », au pouvoir depuis 1982, est incontestablement l’une des caricatures les mieux achevées des dirigeants assoiffés d'autoritarisme et l’une des meilleures illustrations des relations françafricaines. Régnant sur son pays d’une main de fer depuis trente ans, soupçonné de corruption et de détournement de fonds, peu regardant sur les questions relatives au respect des droits humains, le dictateur camerounais n’hésite pas à instrumentaliser la justice pour éliminer détracteurs, opposants et adversaires politiques. Jusque-là, rien de neuf sous le soleil africain et évidemment nous n’allons pas demandé à Nicolas Sarkozy de démocratiser de force tous ses amis autocrates comme il l’a fait récemment avec Kadhafi, sauf que nous sommes en droit de nous interroger sur certaines des promesses qu’il avait formulées, (en toute conscience, espérons-le !), à la veille de son élection. Il avait, par exemple, claironné, en avril 2007, que « Chaque fois qu’une femme sera martyrisée dans le monde, cette femme devra être reconnue comme citoyenne française et la France sera à ses côtés ».

Déclaration fort louable s’il en est, sauf que l’ancien candidat, devenu dans l’intervalle président de la République française, oublie parfois certains de ses engagements. Comment ne pas le penser quand on sait que Nicolas Sarkozy – et son gouvernement – refuse de contrarier ce grand ami de la France qu’est Paul Biya qui, pourtant, séquestre arbitrairement et dans des conditions barbares, depuis près de deux ans, Lydienne Yen-Eyoum (épouse Loyse), une avocate franco-camerounaise. Dans ce cas, pas besoin de la reconnaître comme « citoyenne française », elle l’est déjà, mais d’être à ses côtés et de tenir un engagement présidentiel pris devant les électeurs et devant l’opinion internationale.

En effet, cette Française d’origine camerounaise est sous les verrous depuis janvier 2010 dans l’indifférence quasi générale. Accusée de détournement de fonds (elle aurait touché des honoraires trop importants), elle a été interpellée dans le cadre de « l’opération épervier », lancée par le président camerounais pour, dit-on, lutter contre la corruption endémique qui gangrène son pays. Sauf qu’à l’évidence cette opération « mains propres » visait davantage à éliminer les adversaires politiques et leurs amis qu’à nettoyer les écuries d’Augias camerounais. Plusieurs rapports d’ONG en effet et autres articles de presse n’hésitent pas à évoquer les biens mal acquis par Paul Biya et par son clan et à rappeler que le Cameroun est l’un des régimes les plus corrompus au monde. Une mauvaise gouvernance relevée récemment dans un livre de la journaliste Fanny Pigeaud, ancienne correspondante de l’Agence France presse et de Libération au Cameroun. L’ouvrage, une enquête fort bien documentée, intitulé Au Cameroun de Paul Biya (Khartala, août 2011) précise que le président camerounais a mené le pays au plus bas de tous les classements économiques et sociaux ».

Quoi qu’il en soit, pour revenir au calvaire de l’avocate franco-camerounaise Lydienne Yen-Eyoum, il ne s’agit pas pour nous de préjuger de son innocence ou de sa culpabilité, mais il est évident que le régime de Paul Biya et sa justice ont de fait, piétiné leurs propres textes – et notamment l’article 221 du Code de procédure pénal – qui stipulent qu’une détention provisoire ne saurait aller au-delà de 18 mois. Or, cela fait près de 21 mois que la malheureuse est incarcérée dans des conditions inhumaines. Certes ces conditions sont moins barbares que celles qui avaient prévalu au lendemain de son arrestation, puisqu’à la suite des protestations formulées par ses avocats français Caroline Wassermann et Christian Charrière-Bournazel auprès de l’État camerounais, l’administration pénitentiaire a accepté, en mars 2011, que Michel Loyse, l’époux de Lydienne Yen-Eyoum, finance l’aménagement d’une nouvelle cellule dans la prison N'Konguendi de Yaoundé car, jusque-là, Lydienne Yen-Eyoum a vécu, durant plusieurs semaines, dans une cage de douze mètres carrés infestée de rats, de cafards et de serpents avec plus d’une quinzaine d’autres codétenues. Cela étant dit, malgré cette légère amélioration des conditions de détention, l’avocate franco-camerounaise n’est nullement incarcérée dans un cadre où le respect de la dignité humaine serait préservé.

C’est cette atteinte aux droits de l’homme qui a incité Me Wassermann et Charrière-Bournazel à déposer en juillet dernier, auprès des tribunaux français, une plainte avec constitution de partie civile contre Paul Biya et son ministre de la justice. Et c’est là où les choses se corsent ! Cette procédure a révélé les liens « étroits » qui existent entre la France de Sarkozy et le Cameroun du dictateur Biya. Le président français semble avoir une drôle d’approche à propos des questions relatives à la défense des droits de l’homme. Compassion sélective ? Non ! Cynisme politique, car, quoi qu’on puisse en dire, cette affaire montre que la défense des droits fondamentaux est utilisée par le pouvoir presque exclusivement comme levier politico-diplomatique et certainement pas comme une valeur absolue à défendre en toute circonstance. 

Et pour cause : En réaction à la procédure lancée par les avocats de Lydienne Yen-Eyoum, le parquet a estimé, en un premier temps, que cette plainte devait être classée sans suite arguant qu’au moment de son incarcération l’avocate camerounaise n’était pas encore de nationalité française (ah ! ces histoires de souche !), puisque Lydienne Yen-Eyoum a été naturalisée officiellement en septembre 2010, soit neuf mois après son arrestation. Évidemment, il fallait que le parquet trouve un prétexte, aussi fallacieux soit-il, mais c’était sans compter sur l’obstination de la juge d’instruction Sylvia Zimmermann (Rappelez-vous de la magistrate indépendante qui empoisonne la vie du gouvernement dans l’affaire Bettencourt et celle des fadettes de la DCRI et qui est dans le viseur de la sarkozie). Madame Zimmermann a estimé, en effet, qu’au regard du droit français, la plainte contre Biya était bel et bien recevable et a décidé d’engager une enquête sur des faits présumés de torture, de détention arbitraire et d’acte de barbarie. Ainsi, la magistrate ouvre-t-elle une instruction contre le monarque de Yaoundé et son ministre de la justice. Mais là, Fatalitas ! Le parquet, donc le ministère français de la justice, qui, généralement n’aime pas être contredit par des juges indépendants préfère faire appel de la décision de Sylvia Zimmermann et aller, à l'évidence, au secours du soldat Paul Biya. Et voilà que l’indépendance du parquet et plus globalement celle du système judiciaire français sont de facto remises au gout du jour à quelques mois de l’élection présidentielle de 2012.  

Résumons : nous avons d’un côté un pouvoir camerounais corrompu, incompétent, bafouant les droits de l’homme soutenu par la France de Sarkozy et de l’autre deux avocats (Caroline Wassermann et Christian Charière-Bournazel) déterminés à sauver leur cliente des griffes d’un Paul Biya, plus barbare que jamais, mais aussi une juge d’instruction (Sylvia Zimmermann) décidée à faire valoir le droit et la justice. Au centre de cette affaire, une femme, franco-camerounaise, qui attend avec impatience de quitter son enfer. La France, pays des droits de l’Homme risque de se transformer en pays des copains et des coquins (africains et arabes) et celui des mallettes et des intérêts économiques quand elle empêche des juges d’instruction de poursuivre des dirigeants ennemis des droits de l’Homme et quand on laisse une femme dans les cachots de l’arbitraire. Finalement, les promesses de campagne n’engagent que ceux qui les croient puisque dans le cas de Lydienne Yen-Eyoum, la France officielle n’a pas jugé utile, pour l’instant du moins, d’être du côté de celle qui souffre, mais du côté de celui qui fait souffrir…Entre l’histoire des mallettes et l’instrumentalisation du pouvoir judiciaire, le mandat de Nicolas Sarkozy n’aura pas été celui de la rupture avec la Françafrique, c’est le moins qu’on puisse dire. Affaire donc à suivre…

 

(Photo : Lydienne Yen-Eyoum épouse Loyse. Tous droits réservés)

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