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Blog de Mohamed  Sifaoui

Blog de Mohamed Sifaoui

- Des opinions qui refusent la compromission -


Bouteflika, suite et fin !

Publié par mohamed sifaoui sur 20 Février 2011, 02:15am

Catégories : #mohamed-sifaoui

bouteflika2.jpegEn Algérie, le changement est inéluctable ! La démocratie finira par s’imposer à la fois comme modèle de société et choix politique quoi que puissent en dire les tenants du conservatisme et de l’immobilisme. Au regard du contexte international, du bouillonnement sur la scène algérienne et de la fébrilité d’un pouvoir tétanisé par la panique, il est permis de penser que le président Abdelaziz Bouteflika n'ira pas au bout de son mandat. Il pourra évidemment s’accrocher à son fauteuil, gagner du temps, préparer une sortie honorable, négocier l’impunité pour ceux qui, dans son entourage direct, pillent les richesses du pays ou abusent des largesses que leur offre leur fonction non sans mépriser le peuple et ses aspirations légitimes, mais, disais-je, quoi qu'il fasse, il partira.

Reste qu’un choix se présente aujourd’hui devant le pouvoir algérien. Cette fameuse transition vers la démocratie, ce fameux day after, peut se faire sans heurts, sans morts, sans sang, sans larmes, sans une nouvelle tragédie et donc, intelligemment ou alors de manière sanglante, excessive ce qui offrirait, à nouveau, un triste spectacle de ce pays formidable qui recèle pourtant des atouts enviés par ses amis, jalousés par ses ennemis.

Dans tout le sens du terme, la balle est désormais dans le camp du pouvoir et au bout des canons de ses forces de sécurité. Ceux qui appellent au changement sont dans une démarche pacifique. Ils n'ont ni armes ni fusils à canon scié, ni lance-roquettes et ne comptent saccager aucun édifice public ou privé. Ceux qui appellent au changement ont leur voix, leur plume et leurs slogans. Des pieds pour marcher et des mains pour se protéger de la matraque. Si violence il y a, elle est du côté des forces de l'ordre déployés par dizaines de milliers pour faire face, dit-on, à quelques dizaines d’excités. Soyons sérieux ! Un pays qui se permet de laisser la rue à des millions d'Algériens, heureux après une qualification pour la coupe du monde de football, peut laisser également la rue à ces mêmes Algériens, ou à certains d'entre eux, qui réclament un changement démocratique. La rue n'appartient pas seulement à ceux qui scandent les slogans favorables à un pouvoir responsable de gabegie et de mauvaise gouvernance.

Quoi qu'il en soit, personne ne souhaite de dérapages et plusieurs indices qui méritent néanmoins confirmation montrent que l’institution militaire, ou à tout le moins plusieurs de ses hauts cadres, n’ont aucunement envie de se retrouver dans un face à face répressif et meurtrier avec la population. L'Armée qui doit redorer son blason terni après les émeutes de 1988 se doit d’ailleurs aujourd'hui de se déterminer comme la protectrice d'aspirations populaires légitimes, compréhensibles et conformes aux principes d'une République ouverte et d'un État qui se veut moderne.  Et les cris d’orfraie lancés par les séides d’un pouvoir finissant cherchant à faire barrage à la démocratie n’auront à terme aucune incidence. En tentant de faire croire à l’opinion algérienne et internationale qu’une marche pacifique, une revendication démocratique et un appel à une bonne gouvernance seraient incontestablement synonyme de chaos et d’une nouvelle guerre civile, les soutiens de Bouteflika – des trotskistes aux islamistes en passant par les conservateurs du RND et du FLN – usent et abusent de contrevérités et de propagande pour entretenir ce statu quo qui leur sied si bien. En vérité, la raison d’un tel positionnement est simple à comprendre : il n’est pas question ici d’idéologie ou de politique de leur part, mais de la préservation d’intérêts et de privilèges que peu de profiteurs et d’affairistes sont prêts à céder.

Les ministres, les députés et les partis voire les quelques militaires et autres entrepreneurs économiques qui soutiennent encore Bouteflika et qui ont, pour la plupart, construit leur vie en asservissant l’Algérie n’ont, en effet, aucunement envie de voir ce pays rencontrer son destin et aller vers une vraie démocratie qui impliquerait des contre-pouvoirs solides, une société civile adulte et non clientélisée, des médias libres, une justice indépendante et une opinion publique vigilante. Voilà ce qui fait peur en réalité aux tenants du conservatisme et de l’immobilisme. Rien d’autre !

Il faut être dupe ou ignorant pour croire un instant que le pouvoir algérien est convaincu de l’efficacité de son action. D’ailleurs a-t-il lui-même cru un jour dans ce qu’il a concocté pour les Algériens depuis l'indépendance ? Quel crédit accorder à des dirigeants qui ont mené l’Algérie dans une marche forcée vers l’arabisation et qui, en privé, ne s’expriment, pour la plupart, que dans la langue de Voltaire ? Pour certains y compris dans leur espace privé. Quelle crédibilité faut-il concéder à des responsables qui ne croient même pas dans la politique éducative qu’ils ont conçue, puisque l’école algérienne serait formidable pour les enfants du petit peuple, mais pas pour les leurs qu’on envoie se former à Paris, Londres, Montréal ou New York ? Quelle crédibilité possède encore un pouvoir qui n’a aucune confiance dans son propre système de santé, qui laisse ses hôpitaux pour les gueux et qui envoie ses représentants se faire soigner au premier bobo dans les hôpitaux français, suisses ou anglais ? Quelle crédibilité accorder à un pouvoir qui bloque toute ouverture du champ médiatique public et qui reste branché sur Al-Jazira, Canal Plus, France Télévisions ou CNN, cependant qu’en même temps nos jeunes naviguent via twitter et facebook ? Quelle crédibilité accorder aussi à un pouvoir dont les membres s’habillent chez Prada ou Cardin et qui encourage le peuple à s’habiller en voile et djellaba ? Quelle crédibilité accorder enfin à un pouvoir qui laissent les islamistes dicter leur "politique culturelle" et commandent à Paris les meilleurs crus, les meilleurs champagnes et les derniers CD. Sauf à penser que ce pouvoir considère que la modernité, que les Lumières, que la démocratie, que la liberté de conscience et j’en passe seraient bons pour les quelques privilégiés qui le forment et catastrophiques pour le peuple, je ne vois pas une explication rationnelle. Quoiqu’une pourrait venir à l’esprit : ce mépris (la fameuse hogra) dont se rendent responsables plusieurs dirigeants civils et militaires et qui peut s’analyser aussi par l’arrivisme des uns et la médiocrité des autres et certainement par l’incompétence des uns et des autres.

Mais je garde espoir. Bouteflika est fatigué, usé et sera de plus en plus esseulé politiquement comme le seront ses plus indéfectibles soutiens. Une nouvelle génération – je le sais – à l’intérieur du système, formée dans les grandes écoles, ouverte sur le monde et possédant toutes les compétences se doit aujourd’hui d’assumer ses responsabilités. Je ne suis pas dans une approche manichéenne qui me dicterait bêtement que tout ce qu'il y a à l'intérieur du système est à jeter et que tout ce qui est à l'extérieur de celui-ci serait systématiquement bon à prendre. Je sais bien que les ministères, les administrations, les institutions et les casernes comptent des cadres quadragénaires et quinquagénaires parmi les plus sincères, les plus compétents et les plus patriotes. Je sais aussi que certains « anciens » qui,  probablement, par peur ou par calculs, ou tout simplement par absence d’opportunité historique n’avaient jamais pu assumer leurs responsabilités, le feront aux côtés des plus jeunes, le jour où cela sera nécessaire. Et ce jour-là pointe du nez.

Il ne s’agit pas de monter les Algériens les uns contre les autres. Il ne s’agit pas non plus de fomenter des complots ou de créer la guerre civile. Ceux qui aspirent à la démocratie ne sont ni des terroristes ni des criminels. Ils ont l’Algérie chevillée au corps et aspirent à un autre modèle de société. J’appartiens à une génération et à un courant de pensée dont les membres veulent tout simplement vivre comme tout le monde sans avoir à s’installer à l’étranger, à se transformer en « sans-papiers », à se sentir humilié, car devenu « algérien errant ». J’appartiens à une génération et à un courant de pensée dont les membres veulent tout simplement que la méritocratie l’emporte sur le tribalisme et le régionalisme et que l’intelligence ne soit pas subordonnée à la médiocrité. J’appartiens à une génération et à un courant de pensée dont les membres ne veulent plus avoir à choisir entre le maquis du GIA et la cale du bateau pour s'évader en clandestin. J’appartiens à ces Algériens qui ne veulent ni corrompre ni être corrompus.

Il est évident que les choses se sont empirées durant ces vingt dernières années. Un jeu de cache cache avec les tueurs du Front islamique du salut (FIS) a débouché sur une guerre civile et la sortie de celle-ci s’est faite avec du replâtrage et sans la mise en œuvre d’un vrai projet de société. On a pardonné aux tueurs et, du coup, le pouvoir a érigé l’impunité – et non pas la réconciliation – en valeur essentielle tant et si bien que peu de terroristes ont payé pour leurs crimes et peu de corrompus de haut rang ont rendu des comptes. Et le pouvoir continue de faire une lecture erronée des réalités et préfère s'enfermer dans ses certitudes. Il y a même un déni des réalités et une absence totale de vision. Ministres et autres responsables tentent de minimiser l’importance de ce qui se passe aujourd’hui. En préférant opposer – volontairement ou pas – des consommateurs de drogues et des voyous à des manifestants pacifiques [Lors de la marche du 19 février, certains manifestants scandaient « nous voulons la gratuité du cannabis »], le pouvoir montre non seulement son véritable niveau, le caractère indigne de ses méthodes, mais surtout son incapacité à régler les problèmes politiquement. Et en brutalisant des manifestants pacifiques, le pouvoir montre également sa fragilité et conforte dans leurs convictions ceux qui veulent le changement. Et vite !

Bouteflika et son gouvernement font, par ailleurs, croire à l’opinion algérienne qu’ aucune revendication politique n’est formulée par les organisateurs des manifestations. Pensée inepte et propagande qui ferait rougir la Pravda. Évidemment qu’il y a revendications. Celles-ci sont claires. Les organisateurs de ces manifestations et ceux qui les soutiennent veulent :

-          La démission d’Abdelaziz Bouteflika et de son gouvernement.

-          La mise en place d’un gouvernement de transition composé de technocrates chargés de gérer les affaires courantes.

-          Le retrait de l’armée et des services de renseignements de la chose politique et permettre à l’institution militaire de se consacrer exclusivement à ses prérogatives constitutionnelles, veiller à l’intégrité territoriale, à la sécurité des Algériens, au respect de la Constitution par tous, lutter contre le terrorisme, pour ne citer que ces aspects.

-          Tenir des élections libres et démocratiques sous surveillance des instances internationales reconnues par l’Algérie.

-          Une révision constitutionnelle qui consacre le multipartisme, le caractère républicain de l’Algérie, la liberté de la presse et, de préférence, l’interdiction de faire de la religion un fonds de commerce politique, pour ne citer là aussi que ces aspects.

La réalité, me semble-t-il, est simple à comprendre. Beaucoup d’Algériens ne veulent plus que le pouvoir prenne en otage le peuple, les médias publics, les richesses du pays et fasse de la division, du régionalisme et du clientélisme un mode de gouvernance. Beaucoup d’Algériens ne veulent plus entendre parler de corruption, de passe-droits et d’abus de pouvoir. Beaucoup d’Algériens veulent vivre avec leur temps et n’acceptent pas des situations où un ministre – Chérif Rahmani pour le citer – ne daigne même pas s’expliquer devant l'opinion algérienne sur les moyens qui lui ont permis d’accéder, ainsi que son épouse à plusieurs propriétés en France (et ailleurs ?) alors qu’il vit officiellement avec un salaire de haut fonctionnaire depuis une vingtaine d’années au moment ou des citoyens vivent avec des salaires ou des retraites de misère. Beaucoup d’Algériens ne veulent plus justement de cette opacité, de ces injustices et réclament, non seulement une moralisation de la vie publique, mais aussi de la transparence. Beaucoup d’Algériens ne veulent plus se laisser manipuler par un pouvoir qui use et abuse de la rumeur, de la propagande ou de la désinformation pour endiguer toute contestation populaire.

J’anticipe sur la réaction de ces braves plumitifs qui sont chargés de répondre à de tels arguments, via les journaux ou le net, en abusant de l'injure et de la désinformation. Souvent « patriotes » par intérêt mercantile, généralement instrument de la mouvance islamo-conservatrice sinon petits larbins de ce qu’il y a de pire dans le kaki ou sous la casquette bleue voire amis d’arrivistes beaufs ou d’affairistes véreux, ils sont oublieux de l’histoire récente de l’Algérie et notamment de ses heures les plus sanglantes. On peut être d’accord ou pas avec un tel ou tel autre opposant. On peut apprécier ou pas les positions de tel ou tel autre intellectuel. Mais on n’a pas le droit d’oublier la position des uns et des autres lorsque l’État algérien jouait sa survie face à la furie islamo-terroriste dans un contexte d’isolement quasi total sur le plan diplomatique. La dignité ne devrait pas inciter ceux qui sont « patriotes » par intérêt mercantile, à défendre mordicus les silencieux d’hier qui erraient dans les salons des pays du Golfe ou dans ceux de Genève,  pour mieux cracher sur ceux qui appelaient à la résistance citoyenne devant l’infâme et sur ceux qui ont résisté aux égorgeurs de femmes et d’enfants durant les années 1990. La décence devrait leur enseigner que le patriotisme ne se résume pas à faire du béni oui-ouisme, chanter youp là là ou one two three, viva l’Algérie, par exemple, après la qualification d’une équipe de football, fut-elle, l’équipe nationale, le patriotisme, dis-je, c’est surtout s’émouvoir, pleurer et connaître des nuits blanches lorsque des concitoyens s’immolent par désespoir pendant que d’autres font les poubelles pour se nourrir et nourrir leurs enfants. Ce n’est là ni un phénomène de mode, envié aux Tunisiens ou aux Égyptiens ni le comportement d'enfants gâtés qui en s'immolant feraient les intéressants, mais une aspiration légitime à une vie digne.

Bouteflika et ses hommes comprendront-ils l’enjeu ? Finiront-ils par mettre l’intérêt national au-dessus de leurs petites ambitions personnelles et de leurs égoïsmes ? Ont-ils compris que la "légitimité historique" doit enfin céder sa place à la légitimité démocratique ? Je l’espère pour eux, car l’Histoire sera désormais le témoin de ce que nous allons vivre dans les jours, les semaines et les mois à venir…Et au lieu de s'enfermer dans leurs certitudes, ils devraient méditer sur le sort de Ben Ali qui se meurt comme un chien loin de son pays et sur celui de Moubarak, honni par tout un peuple. A bon entendeur salut !

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albert neumann 24/09/2011 11:46



Cher Monsieur,


J'ai assisté ce jeudi 22 aux débats auxquels vous avez participé à l'ULB sur le thème des "révolutions arabes" .


J'ai été très intéressé par vos interventions,et en particulier par votre description de la situation en Algérie et par le tableau des perspectives que vous avez dressées et qui semblent des plus
sombres.


J'ai été interpellé par votre récit de l'athmosphère de violence inouïe que créaient les islamistes du FIS dans votre quartier en 1988 ,qui vous a conduit à souhaiter l'intervention de
l'armée pour ne pas prendre le risque d'une victoire électorale de ces mouvements islamo-fachistes.Les manifestations d'indignations de Mr. Spitaels et d'une partie de la salle à ce point de
votre intervention m'ont particulièrement soulevé le coeur.


Sachant ce que nous savons, qui dans cette salle n'aurait pas préférer que l'armée allemande en 1933 prive Hitler de sa victoire électorale.Fallait-il attendre que le Fis soit en mesure de
démontrer qu'il mettait à exécution ses promesses pour regretter de ne pas avoir agi plus tôt?


Bien à vous


A.Neumann


 



Francis Grunchard 02/03/2011 23:30



Un très bon article sur cette question : http://www.telos-eu.com/fr/article/la-tunisie-et-la-tragedie-arabe  La Tunisie et la tragédie arabe par
Zaki Laïdi 14 Janvier 2011


Extrait : "Tous les régimes rentiers ont intérêt à ce que la population soit la plus dépendante du pouvoir et
donc de ses richesses. Mieux vaut donc avoir une population sans emploi et dépendante de l’État qui pourra acheter son silence contre certains avantages sociaux, qu’une population autonome
capable de se développer et de prospérer en dehors des circuits du pouvoir d’État. C’est la raison pour laquelle tous les pays arabes connaissent un taux de chômage structurellement très élevé et
cela indépendamment du niveau de leurs ressources."




tipanda 23/02/2011 00:19



Le pouvoir qui sévit en Algérie ne cessera jamais de nous étonner : comment fait-il pour maintenir dans la pauvreté un pays qui a la chance de disposer de telles richesses ?


Cette question est une figure de style ; en réalité, il est évident qu'entre incurie et corruption, ce pays va droit dans le mur. Il faut que les incapables malhonnètes passent la main et rendent
l'argent. Le plus tôt sera le mieux.



Chantal Morcrette 20/02/2011 11:35



 


Tout démocrate ne peut qu'adhérer à une telle analyse et aspirer à un programme
démocratique pour l'Algérie, pays meurtri. Ainsi que vous le précisez fort à propos, « Ceux qui appellent au changement sont dans une démarche pacifique ». Par ailleurs, pour ce qui est des soutiens de
Bouteflika, « il n’est pas question ici
d’idéologie ou de politique de leur part, mais de la préservation d’intérêts et de privilèges que peu de profiteurs et d’affairistes sont prêts à
céder. ».


 


 


Sous cette même optique, lucide, pacifique, d'intérêt national et de justice
sociale, une levée populaire mondiale serait amplement nécessaire afin de résister aux passe-droits, avantages, corruptions, trafics d'influence et injustices diverses …, dont usent et abusent
avec une parfaite mauvaise foi pratiquement tous les gouvernants, droites et gauches confondues, au détriment du peuple, y compris ceux des pays dits démocratiques.


 


 



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