Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog

Blog de Mohamed  Sifaoui

Blog de Mohamed Sifaoui

- Des opinions qui refusent la compromission -


Bouteflika, ce pompier pyromane ? Ou cette momie manipulée ?

Publié par mohamed sifaoui sur 21 Février 2014, 17:58pm

Le communiqué attribué, ce mardi, au président Abdelaziz Bouteflika appelle, nécessairement, quelques commentaires.

Utiliser l’expression « communiqué attribué » n’est ni une provocation ni la marque d’une quelconque ironie inappropriée. C’est même, à mes yeux, le fond du problème.

Tous les commentateurs, quasiment, se sont empressés, en effet, de disserter sur la « sortie » de Bouteflika sans poser quelques questions banales, mais essentielles au regard du contexte.

Le chef de l’État a-t-il écrit lui-même le communiqué, lu par le « ministre des Moudjahidines » ? L’a-t-il validé et/ou corrigé et/ou amendé après qu’un conseiller, comme Benamar Zerhouni par exemple, eut rédigé une première version sous l’œil attentif de Saïd, frère cadet du président ? Bouteflika a-t-il décidé lui-même de la date de diffusion de la missive présidentielle ? Auquel cas, pourquoi n’a-t-il pas fait un discours ? Ne peut-il pas s’exprimer ? Si tel est le cas, peut-il gouverner ? Et l’article 88 de la Constitution ne devrait-il pas s’appliquer ? Un pays, peut-il être gouverné par un président muet qui s’exprime par procuration ? Une armée peut-elle être commandée par un chef d’État largement diminué ? Qui lit les rapports des services de sécurité ? Qui prend connaissance des bulletins quotidiens des « services » ? Le président lui-même ? Son frère Saïd Bouteflika ? Un conseiller ? Plusieurs de ses collaborateurs ? Personne ? Y a-t-il encore des rapports du DRS envoyés au président ? Bouteflika sait-il ce qui se passe à travers le pays ? L’a-t-on informé de la crise qui continue de couver à Ghardaïa ? Sait-il, alors qu’il louait la « liberté d’expression » dans le communiqué qui lui est attribué, qu’un caricaturiste risque la prison pour l’avoir brocardé dans un dessin non publié ? Bouteflika est-il réellement conscient ? Combien d’heures consacre-t-il aux affaires de l’État quotidiennement ? Sait-il que la Libye voisine est sous la menace d’un coup d’État ? A-t-il connaissance des polémiques algéro-marocaines, devenues régulières ? Pardon, mais ce ne sont que des questions qui me semblent légitimes, certainement pas l’expression d’un « complot contre la Nation ».

On peut m’accuser de vouloir spéculer. Oui en effet, ceux qui sont incapables d’apporter des réponses claires à ces questions et à d’autres qui s’imposent, pourraient, comme d’habitude, réagir par le mépris qui les caractérise, la langue de bois qui constitue leur politique de communication et dire, ce ne sont là que des « spéculations journalistiques », produites par un « obscur personnage » probablement nourri par une quelconque « main étrangère ». Très bien ! On connaît le refrain. Depuis un demi-siècle, nous avons eu le temps de l’apprendre par cœur. Mais quoi qu’on puisse en dire, n’écoutons pas les réponses dilatoires. Celles qui désignent un « ennemi » supposé, histoire de mieux noyer quelques interpellations.

Et si pour une fois ! Et si pour une fois seulement. Pour une toute première fois ! Et si un haut dirigeant, ayant un brin de courage, de respect pour l’Algérie et les Algériens, de décence et d’honneur, délaissait la rhétorique passéiste habituelle et daignait apporter une clarification quant à l’état de santé du président. Car, je suis de ceux qui pensent, avec force, que Bouteflika est l’otage de son clan, de sa démence autoritariste, de son frère avide de pouvoir et de puissance, de calculs étroits et égoïstes. Je suis de ceux qui croient que son système cognitif est atteint à la suite de l’AVC, qu’il est incapable, au regard de son état de santé, de pondre un tel texte – à tout le moins sans qu’un « homme de confiance » ne lui souffle le contenu du communiqué et en dicte les termes, les insinuations, les dits et les non-dits – comme je ne crois pas, un instant, que ce vieil homme diminué puisse avoir toute sa lucidité même s’il en garde une partie. Des indices probants montrent que Bouteflika est là aussi – à tout le moins – sous influence.

Ensuite, s’agissant du fond du communiqué qui lui est attribué. Certes, l’on peut s’accorder à dire, en décryptant le fameux message lu par le « ministre des Moudjahidines », que Bouteflika a légèrement, voire très légèrement, égratigné Amar Saâdani, « l’encore » secrétaire général du FLN. Mais penser que sa « sortie » visait à rappeler à l’ordre ce dernier est, sinon une erreur, une mauvaise foi. Et pour cause. La missive présidentielle a tenu à dater les faits et à utiliser des marqueurs qui permettent d’identifier l’une des principales cibles du communiqué attribué à Bouteflika.

« Alors que nos concitoyens n’avaient pas encore inhumé les Chouhadas qui ont péri dans le crash d'un avion militaire près d'Oum El-Bouaghi, des déclarations irréfléchies de certaines hautes personnalités publiques, relayées par des commentaires de tous bords, ont donné matière, aux médias nationaux et étrangers, à des commentaires et des supputations attentatoires à l'unité de l'Armée nationale populaire », est-il dit par la voix du ministre des « anciens combattants ». Or, celui qui s’était exprimé « alors que nos concitoyens n’avaient pas encore inhumé les Chouhadas qui ont péri dans le crash d'un avion militaire près d'Oum El-Bouaghi » n’est autre que le général Benhadid qui avait, rappelons-le, défendu le général Toufik et vilipendé violemment le général Gaïd Salah. Autre indice, Saâdani a posé la question sur le rôle du DRS en y glissant quelques insinuations qui constituent un précédent politique sans pour autant « tenter d'imposer la thèse du conflit interne au sein de l'Armée nationale populaire ». L’un de ceux qui à tort ou à raison ont propagé cette vision, celle de la division au sein de l’armée et ridiculisé le chef de celle-ci en le faisant passer, probablement, à juste titre, pour un uniforme et un képi sans colonne vertébrale et sans neurones, c’est, là aussi, l’ex-chef de la 8e Division blindée, Hocine Benhadid.

De ce point de vue, l’on peut comprendre la sérénité insolente affichée par Amar Saâdani qui s’est empressé d’affirmer qu’il ne se sentait pas concerné directement par la missive présidentielle.

Mais admettons que la déclaration attribuée à Bouteflika voulait recadrer également le chef de file du FLN. Le passage où il est question des « adversaires, occultes et déclarés, [qui] exploitent cette situation préjudiciable (…) en présentant le Département du renseignement et de la sécurité (DRS) comme une structure agissant en violation des règles qui régissent ses missions et attributions. Cette perception des réalités dénuée d'objectivité impose, à tous les responsables, un effort urgent et efficient pour qu'il soit immédiatement mis fin à cet état de fait » peut, en effet, être interprété comme visant le trublion du clan présidentiel. Auquel cas, les conséquences ne sauraient tarder en direction d’un responsable politique proche de la présidence qui serait, dès lors, décrit comme faisant partie des « adversaires, occultes et déclarés ». Si tel est le cas, une certaine cohérence voudrait que le FLN, avec Saâdani à sa tête, devienne un parti d’opposition à Bouteflika ou alors que le même parti éjecte, au plus vite, de ses rangs son actuel secrétaire général.

L’autre question qui mérite d’être posée concerne l’agenda de la sortie, attribuée à Bouteflika. A-t-elle un lien avec celle de Mouloud Hamrouche qui a fait une offre de service dans la perspective d’une candidature à l’élection présidentielle ? Des observateurs avisés estiment que l’ex-Chef du gouvernement aurait été largement encouragé, par quelques galonnés, à faire cette proposition.

Quoi qu’il en soit, Bouteflika s’attribue, par procuration, le rôle de sauveur de la nation, celui qui serait au-dessus de la mêlée, l’arbitre qui tenterait de siffler la fin de la partie. Tous ceux qui connaissent son côté tacticien, qu’il a dû, dans l’intervalle de ces quinze dernières années, transmettre au frère cadet, estiment que ce n’est pas la première fois, de sa carrière, que Bouteflika joue au pompier pyromane, l’un de ses sports préférés. Car détrompons-nous, Bouteflika a toujours été très bon querelleur et excellent intrigant. Son bilan montre, par contre, qu’il est piètre gestionnaire et petit chef d’État. 

En définitive, tous ceux qui aspirent à une Algérie stable, mais surtout moderne et démocratique, affranchie de ces méthodes manipulatrices de tous ces hommes du passé et du passif, tous ceux qui aspirent à une Algérie débarrassée de cette gérontocratie, facteur de régression, doivent demeurer lucides, conscients et attentifs aux événements qui se préparent. Il existe aujourd’hui deux pôles qui s’affrontent au sommet de l’État algérien, et la bipolarisation de la vie politique – en attendant que les partis d’opposition nous prouvent le contraire – oppose désormais deux forces majeures représentées, d’une part, par le Président Abdelaziz Bouteflika et son clan et, d’autre part, par le DRS et son chef, le général de corps d’armée Mohamed Mediène alias Toufik et ses relais politiques et médiatiques. Je ne crois pas qu’il soit judicieux de tomber dans ce piège absurde où l’on devrait choisir entre le chef d’un clan et le chef d’un système sachant qu’outre le pouvoir, le principal enjeu à l’origine du psychodrame ambiant est d’abord et avant tout l’impunité pour tous ceux qui ont asservi l’Algérie au lieu de la servir.

Commenter cet article

rabehi ali 27/02/2014 13:39

je crois que l'argent sale ainfiltré les rouages de l'état comme au nigéria. ce pays va vivre des lendemains incertains pour ne pas dire le chaos.Mais après tout chaque peuple a les dirigeants qu'il mérite !!

Archives

Nous sommes sociaux !

Articles récents